je suis agricultrice aujourd'hui

Une conférence de François Régis Lenoir : 
La finalisation d’une démarche pour lever les derniers tabous...

             "À l'initiative des agricultrices de DFAM 03, dans le cadre de leur assemblée générale, une conférence-débat, intitulée « la dimension psychosociale dans le monde agricole » s’est déroulée le 26 mars 2014 à Saint Hilaire (03).
Cette conférence est l’aboutissement d'une action de sensibilisation, de prévention, d'informations et de mobilisation des agricultrices de DFAM autour du mal-être dans le monde agricole.
Après la parution du livret DVD « Mal de Terre », la problématique des risques psychosociaux continue d’interpeller.
Le thème a attiré plus d’une soixantaine de participants : agriculteurs, jeunes élèves de la MFR de Limoise, étudiants en thèse de sociologie, représentants d’organisations professionnelles mais aussi des responsables de groupes de développement venus de la Sarthe, de Haute-Vienne, de Creuse mais aussi du Lot-et-Garonne ou de la région Rhône-Alpes.Cette conférence était animée par François Régis Lenoir, double spécialiste, puisqu'il est à la fois docteur en psychologie sociale et agriculteur dans les Ardennes. Sa double casquette et son approche pluridisciplinaire ont joué un rôle évident dans le contact avec les participants et la compréhension du problème.
Parce que l’universitaire connaît les rouages du monde agricole, parce qu’il est en prise directe avec les réalités du monde agricole, il sait de quoi il en retourne ! Et son propos remplit ainsi les objectifs fixés.
Le psychologue-agriculteur rejoint, dans un premier temps, les agricultrices de l’Allier et parle du « handicap » des hommes pour exprimer leurs émotions, il cite aussi le philosophe Nietzsche et renchérit : l’agriculteur : un « surhomme », son métier : « un puzzle de tâches », une intrication évidente d’où une harmonie et un équilibre à trouver entre une sphère professionnelle qui finit quelquefois par « dévorer » les sphères familiale et sociale.
Après avoir défini les spécificités du métier d’agriculteur, François Régis Lenoir a surtout mis l’accent sur la prévention secondaire, autrement dit la formation en management ou en relations humaines : on ne naît pas manager !
Il préconise la nécessité de trouver les outils pour une meilleure gestion collective des situations difficiles,
il invite par exemple à repenser l'organisation des filières agricoles,
il prône le travail et l’engagement collectif : les agriculteurs doivent réapprendre à travailler ensemble.
Il convainc de l'intérêt de ne pas rester isolé, de réfléchir à la mise en œuvre d'actions qui favorisent la création de liens au sein des villages. Pour l’agriculteur, ce sont autant de remparts contre l’isolement, autant de réponses au besoin de relever un autre défi, une condition nécessaire à son développement, un moyen de reprendre le contrôle qu’il estime avoir perdu : 
une indépendance régulièrement  grignotée et  altérée par des aléas ou des prescriptions extérieures, sociétales, environnementales, économiques et politiques subis. 
A la question : pourquoi le « Travail agricole » a-t-il un caractère obsessionnel ? François Régis Lenoir se sert d’expressions fortes qui ne peuvent que résonner encore dans les pensées des agriculteurs présents : « fuite mortifère » - « dynamique de vie unipolaire » « spirale obsessionnelle »... 
Il martèle: « Le travail n'est pas une valeur morale, mais une valeur sociale ». 
Il évoque tour à tour le « sentiment d'iniquité », le gouffre existant entre le « paysan focalisé sur son exploitation » et « l’agri ou le viti-exportateur », le sentiment d’inégalité ressenti et induit par les politiques agricoles menées, le « facteur anxiogène » de la transmission ou la « violence symbolique » du regard du père et des ascendants, « l'échec inimaginable du repreneur consciemment ressenti ou non ».
Il nous pousse à nous interroger sur le devenir de l’entraide, de la solidarité ; le voisin : celui qui donne un coup de main ou le « prédateur des terres » 
Une dernière réflexion sur l'avenir et le devenir de l'agriculture: 300 000 exploitations en 2025 pour 550 000 actuellement - soit presque la moitié de moins en à peine plus de 10 ans- c'est fort malheureusement considérable... Avec tout ce que cela impliquera, un agriculteur par commune parfois ? À quoi l’agriculture ressemblera t-elle alors ? Nos paysans mais aussi nos paysages ?

LOGO DFAM03

Les femmes de DFAM ont depuis cinq années déjà, ouvert les barrières des tabous, leur parole est libre, elles ont pris conscience de la valeur ajoutée de leur engagement associatif, en témoigne la dynamique collective du groupe qui a égrené, avec un enthousiasme qui ne faiblit pas, un programme chargé et varié pour l’année 2014 : un vrai remède à la morosité, un anti -stress ! "
                                                                                                                   DFAM 03 26/03/2014       


De l'Allier ...

"La conference de Mr Lenoir était  très intéressante à bien des égards  tant dans la démarche « scientifique » du psychologue que dans tous les aspects humains qu’il a evoqués, j’ai appris beaucoup de choses ,( qui ont fait écho à mon passé d'artisan !)  où là aussi le travail prend une place démesurée au détriment des valeurs humaines , où on se prend pour un « surhomme » avec tous les drames que cela entraine tant sur le plan personnel que sur les proches. 
Ces conférences aident à dire la realité pour que les souffrances puissent se devoiler et que puissent se trouver des ameliorations. J’en retiens que les relations humaines , le bon «  voisinage », l’entraide et le partage des compétences de chacun sont une clef pour un travail efficace , équilibrant .
C’est le grand mérite du groupe  DFAM de faire avancer les choses en osant dire, exprimer; l’avenir du monde rural et agricole passe par des valeurs féminines et de solidarité… Et l’avenir de l’humanité tout court !"


 Un agriculteur de Gironde nous a écrit et adressé, pour information, un condensé de l'étude ci-dessous...
Merci pour ses encouragements et son intérêt ! 
Dans la problématique des risques psychosociaux, nous avons souvent pointé du doigt  la notion de burn out – « être consumé jusqu’au bout »-(syndrome d'épuisement émotionnel, physique et psychique) pour décrire à la fois les phénomènes d’épuisement professionnel et les pathologies psychiques liées au travail.
Le cabinet Technologia (spécialiste de l'évaluation et de la prévention des risques liés à l'activité professionnelle )nous rejoint 

Voir l'étude publiée :  une étude clinique sur le burn-out .

ScreenShot699

 

Cliquez sur le graphique ci-contre 
"... L’étude distingue le travail excessif  (« je travaille trop » )
et le travail compulsif   (« je ne peux pas ne pas travailler ») [...]

"Toutefois, le premier est une variable d’ordre organisationnel -il s’agit de la charge de travail à laquelle une personne doit faire face dans le cadre de son activité- alors que la seconde est d’ordre plus personnel puisqu’il s’agit de l’engagement personnel dans le travail. Lorsqu'ils se combinent et apparaissent en même temps, ils indiquent alors fortement un comportement de sur-engagement au travail et donc un risque élevé de burn out..."

Parmi les secteurs professionnels les plus touchéscomment ne pas reconnaître les agriculteurs dans cette combinaison ?
Des chiffres particulièrement alarmants : 24  % souffriraient de travail excessif et compulsif, ce qui concernerait un peu plus de 122.000 personnes.
Technologia appelle à une reconnaissance "de trois nouveaux tableaux de maladies professionnelles liées à l'épuisement : la dépression d'épuisement, l'état de stress répété conduisant à une situation traumatique et le trouble d'anxiété généralisée"."

L'ALLIER AGRICOLE  3 Avril 2014 Marie Renaud

l'Allier Agricole

LA MONTAGNE 8 AVRIL 2014 / PAGE ALLIER

la montagne 8 avril 2014attirer de jeunes installés page allier

 

A lire aussi Le Bourbonnais Rural
2 mai 2014 page 11   http://fdgeda03allier.canalblog.com/archives/2014/05/06/29815770.html